Quarante mètres, un chiffre magique pour beaucoup de plongeurs et un sujet très apprécié dans les discussions entre le quai d'embarquement et le site de plongée. Quarante mètres, c'est aussi la limite de profondeur de la plongée loisir pour une large majorité d'organisations autour du monde, que ce soient des fédérations ou des agences privées. En France, le loisir se situe encore aujourd'hui, 20 mètres plus bas alors que pour la plupart de nos voisins, cette pratique entre plutôt dans un autre cursus de plongée, dit "technique". En effet, quand on parle de loisir, la grande majorité des plongeurs pensent à une plongée simple et sans paliers de décompression obligatoires. Cette majorité est, comme on s'en doute, moins marqué en France qu'à l'étranger. D'ailleurs, j'en arrive quelquefois à me demander si la France n'est pas le seul pays à être resté figé dans le monde du silence de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle sorti sur les écrans en 1956. Malgré cette vision, d'une autre époque, on peut tout de même constater que dans notre pays, l'image de l'aventurier a bien évolué vers quelque chose de plus décontracté et modéré.
Dans le microcosme de la plongée, nous avons tous pu découvrir que la barrière des 40 mètres apparaissait comme un chiffre remarquable donnant souvent envie d'aller voir ce qui s'y passe, ne serait-ce qu'un bref instant. Instant bien souvent éphémère, car le plongeur loisir n'aime pas trop s'engager dans la zone des paliers obligatoires. En effet, à cette profondeur, le temps sans palier se réduit considérablement. Selon les tables MN90, la NDL (No Decompression Limit) à 40 n'est plus que de 5 minutes. Dans les cursus nord-américains les premiers brevets d'autonomes donnent accès aux profondeurs de 18 mètres (Open Water Diver) puis 30 mètres pour l'Advanced Open Water Diver. La plongée à 40 mètres n'est pas un passage obligatoire pour progresser (Rescue Diver, Master Scuba Diver, Divemaster, etc.) dans le système. La plongée profonde se présente, en effet, sous la forme d'une option que l'on peut acquérir avec la spécialité Deep Diver. En France, la profondeur est une composante obligatoire pour prétendre à une complète autonomie avec le niveau 3/CMAS 3* de plongeur (autonomie à 60 mètres avec directeur de plongée). Mais avant cela, le niveau 2, plongeur autonome à 20 mètres a toujours pu, et cela, depuis ses tout débuts (alors appelé 1er échelon), prétendre visiter l'espace lointain (20-40 mètres) avec des prérogatives de plongeur encadré. La grande nouveauté est cependant apparue en 2012 avec les aptitudes de plongeur autonome (PA40) ou encadré (PE40) à 40 mètres. Nouveauté, car cette fois, même les plongeurs niveaux 1, voyait enfin le rêve à portée de palmes avec le PE40. Plus besoin d'être autonome à 20 pour pouvoir aller à 40 et quelques années plus tard, il n'était également plus besoin d'être autonome à 40 (et guère plus à 20) pour prétendre pouvoir taper les 60.
Dans cet article, nous allons nous intéresser, plus particulièrement, à cette formation typiquement française et qui permet à des niveaux 1, d'aller côtoyer la limite de la plongée loisir mondiale. Nous allons surtout essayer de comprendre pourquoi les formations de plongeurs encadrés à 40 mètres, et par extension également à 60, ont suscité de nombreuses interrogations, mais aussi quelques difficultés pour les équipes d'encadrement.

Nous pouvons constater qu'en France, les DTR (Durées Totales de Remontée. Comprend le temps de remontée et les paliers) effectuées ne dépassent que rarement quelques poignées de minutes, souvent entre 5 et 10 minutes tout au plus. Les grosses décos, que ce soit à l'air ou au nitrox (rares en France pour ces dernières), restent au final limitées à une petite tranche de la population des plongeurs confirmés. Même sur les épaves profondes (Togo, Donator, Hellcat/Wilcat, Trafik ou autres), les directeurs de plongée limitent généralement les ambitions des aventuriers d'un jour. N'oublions pas que la moyenne de profondeur, sur l'année, des plongeurs, que ce soit en France comme à l'étranger, ne dépasse pas les 20 mètres. L'autre moyenne, concerne le nombre de plongées par an et par plongeur, qui atteint péniblement les 8 points et beaucoup de niveaux 3, qui pourtant ont des prérogatives à 60 mètres, ne dépassent guère cette valeur. Rien d'étonnant pour nombre de plongeurs, et cela, quel que soit le niveau, l'activité se pratique essentiellement lors des périodes estivales (été, ponts du mois de mai) quand l'occasion se présente, en individuel ou en sortie club et sur une courte période. Certains profitent de faire quelques plongées durant leurs vacances d'été en essayant de concilier vie de famille et passion, d'autres préfèrent se limiter, par simplicité, aux sorties organisées par leur club d'appartenance. Les plongeurs réguliers qui trempent les palmes toute l'année (en et hors club) et qui n'en ratent pas une ou presque restent relativement rares.
Ce désir d'accéder à la profondeur n'est pas une réalité à atteindre à tout prix, mais juste une assurance pour ne pas se retrouver, à un moment crucial, limité dans ses évolutions. D'où le réflexe très répandu en France, d'enchaîner les brevets au plus vite pour enfin obtenir la carte multi-passe (niveau 3/CMAS 3*), avec l'assurance de pouvoir plonger "tranquille" en interne comme à l'étranger. Tous les plongeurs ont connu un jour, cette mauvaise sensation de devoir renoncer à descendre quelques mètres plus bas, à cause de simples limites de prérogatives. Avant 2010, en France, nous avions une marge autorisée de 5 mètres pour évoluer si, comme le précisait l'arrêté de 1991, les conditions matérielles et techniques étaient favorables. Ce n'était pas grand-chose, mais cela permettait quelquefois de descendre sur l'épave convoitée, le Donator par exemple, avec un niveau 2 (interdit aujourd'hui pour ces derniers). Dans le CDS (Code Du Sport) 2010, cette condition a été supprimée. En échange, les aptitudes avec les notions de plongeur encadré (PE) ou autonome (PA), ont vu le jour. Ces dispositions ont été revues dans le code du Sport 2012, pour prendre la forme que l'on connaît actuellement avec les appellations PA/PE(12/20/40/60).
Il est bon de rappeler les raisons qui nous ont valu cette modification du CDS en 2010. Suite à une plainte de PADI auprès de la Commission européenne en 2007, pour cause de discrimination et de non-reconnaissance des brevets des plongeurs étrangers, la FFESSM et le ministère des Sports ont été contraint de proposer une réforme réglementaire en 2010 (date limite imposée par Bruxelle), avec un nouveau découpage des brevets en aptitudes.
Cette nouvelle décomposition des 3 niveaux de plongeur sous forme de PA/PE n’a cependant aucunement révolutionné la structure des compétences qui existent depuis des décennies, ni guère plus les tranches de profondeur sur lesquelles sont basées les prérogatives. La réforme du CDS en 2010 aurait pu être l'occasion pour les dirigeants fédéraux de créer un véritable cursus loisir récréatif (plongée loisir limitée à 40m, distinguer la plongée avec et sans décompression obligatoire, tranches de profondeur par pas de 10 mètres plutôt que 20, revoir la notion d'autonomie avec une progression plus en douceur), mais avec le désagréable inconvénient de permettre une intégration trop facile des plongeurs étrangers et particulièrement ceux d’origine nord-américaine ! Pour ce dernier point, le code du sport a été l'arme décisive pour interdire la reconnaissance officielle des brevets autres que français et CMAS sur le territoire national et pour la FFESSM de s'assurer de garder le monopole de l'activité dans l'hexagone.
Pour le plongeur niveau 1 qui souhaite progresser, la voie la plus logique sera, bien sûr, de se lancer dans la préparation du niveau 2 pour enfin accéder à l'autonomie, mais ausi étendre sa zone d'évolution jusqu'à 40 mètres. Le candidat pourra se diriger vers une structure professionnelle pour une formation qui se déroulera généralement sur 5 jours et 10 plongées ou alors, pour celui qui pratique en club associatif, d'entamer une formation piscine (club de l'intérieur) sur une année, suivie d'une validation d'une semaine en mer ou en carrière en fin de saison. La validation peut aussi se dérouler sur plusieurs WE en carrière/mer répartis sur l'année ou suivant d'autres modalités aussi nombreuses qu'il existe de clubs. Pour les associations de bord de mer (ou lac), les formations sont généralement effectuées sur plusieurs week-ends (bénévole oblige) en milieu naturel tout au long de l'année, mais toujours en fonction de la disponibilité des moniteurs.
Beaucoup de palmipèdes se retrouvent cependant confrontés à la problématique de la disponibilité des encadrants, surtout MF1 et N4/initiateur, pour passer leur niveau 2 ou tout simplement pour organiser des sorties exploration (clubs de l'intérieur) afin de gagner en expérience avant de pouvoir se présenter au niveau supérieur. Une partie de la solution peut alors passer par l'aptitude PE40 qui est plus rapide et facile à obtenir qu'un PA20, que ce soit en club de l'intérieur, de bord de mer ou en structure commerciale. Dans les clubs confrontés au manque d'encadrant, l'aptitude PE40 est une solution de secours, temporaire, qui permet au candidat N2 de patienter tout en progressant vers son objectif, mais aussi de gagner en expérience dans la zone 20-40m comme plongeur encadré avant de trouver un moniteur disponible pour terminer la partie PA20 (autonomie à 20 mètres) manquante et ensuite décrocher le Saint Graal avec la carte double face Niveau 2 FFESSM/CMAS 2*.
Pour les structures commerciales, le PE40 est surtout une voie lucrative, car moins cher et donc beaucoup plus facile à vendre qu'un niveau 2 complet qui demande une semaine (5 jours et 10 plongées minimum) pleine de disponibilité. Il est à noter que le découpage des brevets en aptitude a également permis de modulariser les formations en prenant exemple sur ce qui se fait dans l'école nord-américaine. En effet, tous les cursus des agences nord-américaines sont découpés en petits modules de quelques plongées, généralement 3 ou 4, plus faciles à vendre, car moins cher et aussi moins chronophage en temps pour les clients qui n'auront qu'un week-end, de temps en temps, à consacrer. Le système nord-américain a été conçu dans un but commercial (avec étude de marché) pour s'adapter, au plus près (avec évolution au fil du temps), à la demande des populations de nos sociétés modernes. À l'inverse, le cursus français a été conçu dans les années 50, de façon brute sans réflexion à long terme pour un usage loisir, et au final, les candidats n'avaient alors pas d'autres choix que de s'adapter aux contraintes du système (ça passe ou ça casse !) pour découvrir le monde sous-marin. Cette philosophie très élitiste au départ, s'est tout de même un peu adouci avec le temps, mais sans vraiment quitter l'esprit initial des pionniers gaulois. Les similitudes entre les deux écoles restent donc très limitées et une des principales divergences se retrouve dans la préférence de l'école anglo-saxonne pour l'autonomie aux antipodes de la dépendance qui est un marqueur fort de la doctrine française, que ce soit en plongée comme dans bien d'autres domaines d'ailleurs.
Sur les derniers rapports des assemblées générales de la CTN (Comission Technique Nationale de la FFESSM), nous pouvons lire que les aptitudes PE40 délivrées représentent le tiers des brevets niveaux 2 (en moyenne, 2350 VS 6700) délivrés par an. On remarque également que le nombre de PA20 délivrées est très faible (environ 250). Nous pouvons en déduire que beaucoup de candidats au niveau 2 passent certainement par le PE40, puis le PA20 (sans délivrance de carte) pour enfin obtenir la carte tant convoitée (N2/CMAS 2*) . Les chiffres ne nous expliquent cependant pas le parcours exact des candidats. En effet, nous ne connaissons pas le nombre de candidats qui ont suivi la voie PE40->N2 ou N2 direct ou encore ceux qui ne sont pas allés plus loin que le PE40. Quoi qu'il en soit, on voit que le nombre de PE40 est conséquent et certainement une voie intéressante vers le niveau 2. Ces rapports nous apprennent également et bien heureusement, que le nombre de PE60 délivrés par an, reste faible, autour de 100.
Avec ces nouvelles données, nous pouvons faire un premier bilan. Les niveaux 1 sont une catégorie surreprésentée dans l'hexagone et qui constitue environ les deux tiers (plus de 60%) des plongeurs français. Les niveaux 2 et PE40, compte environ pour un quart (25%) des effectifs. Cependant, si nous additionnons les PE40 avec les PE20, qui ne sont que des niveaux 1 avec des prérogatives à 40m, cela nous amène à un total théorique pas très loin des 70% de plongeurs français qui sont de complets assistés (sans aucune prérogative d'autonomie). Mais comme les chiffres ne nous disent pas combien de plongeurs ont enchainés PE40 et niveaux 2, la même année, nous ne pouvons pas additionner bêtement les PE40 (qui sont peut-être devenus, entre temps, niveau 2) aux PE20. Nous pouvons, tout au plus, estimer que, suivant les années, le taux de complets assités doit osciller entre 60 et 70%. Tous les plongeurs français n'en sont certainement pas conscient, mais aucune autre nation au monde n'affiche un tel déséquilibre entre les catégories des autonomes et des encadrés. En général, on se félicite quand on détient un record, mais dans ce cas précis, personne ne nous l'enviera. Comme le disait une vieille chanson; "shame on you". La France détient un record qui restera éternellement imbattable. Inutile de dire que cette performance fait largement sourire nos voisins européens.
Comme ont pu le remarquer beaucoup d'encadrants, cette surreprésentation des plongeurs assistés est un sujet récurrent dans les clubs associatifs et apparaît comme un des points critiques de ce système quelque peu vétuste. Seule consolation, nous avons pu voir dans les chapitres précédents, que l'aptitude PE60 n'aura que peu d'influence sur cet exploit de classe mondiale.
Le manque cruel d'encadrants dans les clubs associatifs est d'une part, un véritable frein pour emmener tous ces novices incapables de se mouvoir sans une assistance en bonne et due forme et d'autre part, une difficulté majeure dans l'évolution de nos plongeurs. Pour les structures commerciales, le handicape des clubs associatifs pourrait se transformer en un avantage. Avantage qui ne permettra certainement pas de compenser cette pénurie dans les clubs associatifs qui concentrent la très grosse majorité des plongeurs. Sur tout ces derniers points, la France est depuis plusieurs décennies dans une impasse sans solution à court, comme à moyen ou long terme. Difficulté, que la FFESSM n'a surtout jamais souhaité résoudre d'une façon ou d'une autre, car cela imposerait une réforme en profondeur incompatible avec l'ego et la philosophie anachronique des décideurs. Bref, aux clubs de se débrouiller pour faire fonctionner le système selon les règles définies dans les penthouses de l'élite fédérale !
Pour les structures commerciales, ce qui aurait pu ressembler à un avantage n'est cependant pas si évident, car les gains pécuniaires se font principalement sur les formations. L'encadrement des plongeurs en exploration est peu rémunérateur et guère rentable à long terme. Les clubs pros préféreront largement employer leurs moniteurs Brevets d'états pour faire de la formation plutôt que de l'encadrement en exploration (tarif des plongées dites "techniques/de formation" VS exploration). C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle les structures commerciales employaient, dans les années 80 et 90, de simples niveaux 4 ou MF1 SAFR (Sans Aucune Forme de Rémunération) pour garantir la rentabilité et la pérennité de l'entreprise. À préciser pour nos lecteurs que ces pratiques étaient et sont toujours strictement interdites (code du travail : travail dissimulé, concurrence déloyale). Cette pratique, très répandue à une époque, s'est fortement réduite au fil du temps (mais pas totalement) suite aux nombreux contrôles effectués par la gendarmerie maritimes en collaboration avec l’Inspection de la Jeunesse et des Sports et du Travail.
Former des PE40 en 3 ou 4 plongées est bien plus rémunérateur et occupe efficacement les moniteurs diplômés d'état (BEES, DE) des centres de bord de mer. De plus, cette aptitude fait suite au niveau 1 qui sera généralement formés en 4 à 6 plongées, suivant les structures, respectivement sur 2 à 3 jours max que ce soit en mer ou en piscine. Piscine, car on constate que beaucoup de niveaux 1 sont formés uniquement dans une eau chlorée sur un seul week-end par des structures commerciales de l'intérieur. D'autres ont cependant le droit, en club associatif, à un trempage plus généreux compris entre vingt et trente séances piscine, mais toujours sans voir la mer ou un tout autre milieu naturel.
Aucune importance, car comme souvent entendu, ils seront de toute façon encadrés. En clair, on refile le bébé et l'eau du bain au moniteur suivant qui aura pour tâche de terminer la formation et à l'occasion, faire le baptême mer à ces plongeurs certifiés niveau 1/CMAS 1* javel/eau chlorée. N'oublions pas que les plongées de formation en mer pour un niveau 1, selon la FFESSM, sont tout juste recommandées alors que pour la CMAS, il est bien précisé dans les standards, qu'elles sont obligatoires avant la délivrance de la carte de plongeur CMAS 1*. La France, reste le seul pays au monde à former ses premiers niveaux uniquement en piscine.
Une fois les 4 plongées faites en mer, le candidat est fin prêt pour attaquer sa formation PE40. En effet, dans la fiche niveau 2/PA20/PE40 du MFT (Manuel de Formation Technique) de la FFESSM, il est bien précisé que la condition d'entrée en formation se limite au niveau 1 avec 4 plongées en milieu naturel. Cela veut dire que les 4 plongées de formation du niveau 1 (ou 4 plongées explos après le niveau 1 piscine) feront très bien l'affaire, zéro expérience.
D'ailleurs, les prescriptions fédérales sont bien souvent prises au pied de la lettre, car nous voyons régulièrement des PE40 avec tout juste une petite dizaine de plongées au compteur ou à peine plus. Soit 7 ou 8 plongées minimum pour faire les formations niveau 1 + PE40 et tout juste 2 ou 3 d'expérience, hors formation. Comme déjà vu dans d'autres articles de "Plonger En France", à la FFESSM l'expérience n'a plus aucune valeur, seul compte le niveau technique, les fameuses compétences. L'impétrant PE40 fraîchement moulu, vous demandera, bien sûr, s'il est possible d'aller faire quelques plongées au-delà des 20 mètres. Oui, ou plutôt non, on passera, avant tout, par une phase d'évaluation du niveau réel du candidat que ce soit dans ses prérogatives de niveau 1 comme de PE40. Avec plus d'une dizaine de plongée dans le carnet (faites dans l'année ou plus couramment sur plusieurs), les plongeurs ont rarement une maîtrise correcte de leur flottabilité ou un équilibre suffisant pour évoluer en sécurité dans la zone des 40 mètres et guère plus pour effectuer d'éventuels paliers obligatoires. Comment, certains de ses plongeurs, ont-ils pu obtenir une carte PE40 en si peu de plongées ?
En général, il est demandé aux niveaux 1 d'avoir (en moyenne) une bonne trentaine de plongées d'expérience avant d'entamer la formation niveau 2 et la partie profonde du PE40 ne se déroule que sur les dernières plongées du stage (5 jours et 10 plongées). Il n'y a pas de miracle, la maîtrise de la technique s'acquière en parallèle de l'expérience et il y a généralement une corrélation directe entre les deux.
Techniquement, il est, en effet, facile de descendre à 40 mètres, même avec une flottabilité incertaine, mais il n'est pas de la responsabilité de l'encadrant de palier aux déficiences de ses élèves dans le cadre d'une exploration. Ou alors, cette exploration se fera à moindre profondeur et plutôt dans un objectif de formation et de progression dudit élève.
Dans le cadre de nos explorations avec des débutants, il est courant que les niveaux soient disparates, que ce soit avec des élèves ayant peu ou beaucoup d'expérience. Cela reste tout à fait banal et chaque encadrant mettra tout en œuvre pour que la plongée se passe de la meilleure façon possible en fonction des niveaux rencontrés. Le plaisir avant tout. Mais ce qui est possible de faire à faible profondeur, ne l'est pas obligatoirement plus profond. De plus, c'est une chose d'encadrer une explo de niveaux 1 à 20 mètres et encore une autre, bien différente, lorsque la profondeur d'évolution gagne 10 ou 20 mètres. Certains me diront, il faut réduire le nombre de plongeurs dans la palanquée ou alors réduire la profondeur de la plongée. Réduire le nombre de plongeurs peut-être une remarque pertinente pour des niveaux 1 dans la zone 0-20 mètres, car il faut bien commencer par le début (niveau 1) avant d'aller plus loin. Mais pour des plongées dans l'espace dit "lointain", la question du nombre n'est plus le critère de base pour de simples raisons de sécurité, que ce soit pour l'impétrant, mais aussi pour la palanquée sans oublier le guide qui est trop souvent vu comme un surhomme. N'oublions pas également qu'un plongeur peut tout simplement perdre sa palanquée, et ce dernier devra donc remonter seul, sans la moindre assistance. Ce qui veut dire, qu'il n'y a qu'une seule solution vraiment satisfaisante, qui est que chaque plongeur doit avoir le niveau requis correspondant au profil de la plongée, et cela, que la palanquée soit composée de cinq individus ou de seulement deux, un guide et son élève. Quant à la réduction de la profondeur, en effet, cela réduit le risque, car la surface est plus proche et la saturation moindre. Néanmoins, les fondamentaux de la plongée (flottabilité, assiette/équilibre et propulsion) restent les mêmes et requièrent une meilleure maîtrise avec la profondeur.
En lisant le paragraphe précèdent, on ne s'étonnera pas de trouver des GP (Guide de Palanquée), comme des moniteurs refuser d'encadrer des PE40 et d'autant plus des PE60 dans le cadre de leurs prérogatives théoriques. Certains moniteurs vont même plus loin, en refusant tout simplement de former ce type de plongeurs, ou alors uniquement dans certaines conditions et bien souvent pour des plongeurs connus. Dans un club associatif, les moniteurs ont généralement l'avantage de bien connaître les membres et leur niveau technique ainsi que les raisons qui ont amené ces derniers à passer par le PE40. Cela peut-être le cas pour un membre en cours de préparation au niveau 2 et qui aurait besoin d'un PE40 pour élargir son horizon lors d'un voyage prochain en zone tropicale, avant qu'il ne puisse finaliser son niveau 2. Pour un candidat qui aurait comme objectif final de pouvoir descendre à 40 mètres tout en se reposant totalement sur son encadrant, cela pourrait poser un cas de conscience de la part du guide ou du moniteur. Encadrer des plongeurs est, par définition, une lourde responsabilité, et cela, d'autant plus quand l'exploration a lieu dans une zone profonde. Pour reprendre une expression très usitée dans l'actualité, le moniteur ou le guide peut faire valoir son droit de retrait, surtout si l'activité se déroule dans un cadre associatif et avant tout, pour le plaisir des protagonistes, élève comme encadrant.
Cette réforme des brevets sous forme d'aptitudes a surtout eu pour conséquence de déresponsabiliser et en corollaire d'infantiliser encore un peu plus des plongeurs qui l'étaient déjà bien trop. L'élite fédérale a complètement omis de s'enquérir des conséquences potentielles, alors qu'ils étaient parfaitement au courant des difficultés rencontrées par beaucoup de clubs associatifs. Cette problématique est clairement visible dans les statistiques fédérales que tout le monde peut consulter et ne date pas d'hier. Nous pouvons voir, sur les graphiques (période 2000 à 2025) ci-dessous, la chute régulière des brevets d'encadrants MF1 et surtout niveaux 4, qui sont les principaux acteurs pour faire fonctionner nos clubs. De façon plus générale, on constate que l'ensemble des brevets et aptitudes suit la même voie et ce n'est pas l'arrivée des PA/PE qui a inversé la tendance. Le nombre de brevets et aptitudes dans la période 2000/2025 chute proportionnellement plus lentement (autour des 26%) que les MF1 (environ 33%) et surtout niveaux 4 (autour des 60%). Le nombre de licenciers régresse également, mais dans une moindre proportion que les brevets (-10,6% pour les licences entre 2012 et 2025).



Cela confirme bien que les brevets d'encadrants sont en forte chute et explique le manque récurrent de cadres dans les clubs. Pour remédier au problème, il n'existe que deux solutions, soit le nombre d'encadrants augmente, soit c'est le nombre de plongeurs encadrés qui chute au profil des plongeurs autonomes. Sans omettre également que les GP et moniteurs ne sont que des humains avec leurs contraintes personnelles et avec une disponibilité qui n'est certainement pas celle d'un professionnel pour qui la plongée est son gagne-pain.
Il serait donc temps que les penseurs de l'élite fédérale acceptent de se confronter à la réalité du terrain et optent enfin pour une nouvelle stratégie de développement pour la formation des plongeurs.
Plusieurs articles de "Plonger en France" :
Nous voilà arrivés à la fin de cet article et voici quelques remarques sur la surexploitation des plongeurs encadrés en guise de résumé, mais aussi quelques interrogations.
Pour aller plus loin sur le sujet je vous invite à lire les articles « Pourquoi avons-nous un CDS » et « Coup de gueule au sujet du CDS 2012 » sur le site recycleur.free.fr.