Suite à notre premier article sur le Brevet d'Enseignement de la Plongée Profonde à l'Air (BEPPA), la FFESSM nous gratifie, en ce dernier mois de l'année 2025, d'une page de présentation pour le lancement des deux premiers stages et examens BEPPA avec comme titre "Formateur de plongeur au-delà de 40 mètres à l'air". Deux sessions sont programmées pour l'été 2026, à Cap Cerbère et Hendaye, avec une limite à 2 candidats par région. L'annonce nous rappelle les objectifs et prérogatives du BEPPA ainsi que les recommandations pour se préparer à la formation. Sur cette même page, vous pouvez également télécharger la fiche d'inscription avec les tarifs ainsi que la fiche BEPPA du MFT.

Cette page de présentation des premiers stages semble tout à fait banale, si ce n'est une phrase qui interpelle dans le paragraphe qui décrit les objectifs du BEPPA :
Le BEPPA s'adresse notamment aux moniteurs-trices motivé-e-s et intéressé-e-s par la plongée profonde à l’air pour former, certifier et encadrer les plongeurs de niveau PE60 et PA60 selon le CDS, mais également pour se spécialiser dans la plongée technique aux mélanges avec ou sans recycleur.
Le début du paragraphe rappelle l'objectif de la formation BEPPA, mais plus surprenant, on apprend que les sessions de préparation au BEPPA permettraient également aux, où du moins à certains moniteurs, de "se spécialiser dans la plongée technique aux mélanges avec ou sans recycleur". Est-ce que cela signifie que nos encadrants E3 et E4 qui forment des PA/PE60 ne seraient pas déjà des plongeurs confirmés et expérimentés avec les techniques de la plongée aux mélanges ? N'est-il pas logique, dans une progression normale, de se former et gagner en expérience en tant que plongeur avant de pouvoir prétendre enseigner et transmette ses connaissances ?
Il est vrai, qu'un des pré-requis de cette formation est d'être titulaire de la qualification "nitrox Confirmé". Mais cela ne veut nullement dire que l'impétrant est un plongeur expérimenté de longue date de la plongée aux mélanges. Pour s'en rendre compte, il suffit de constater que sur les bateaux qui emmènent les niveaux 3 (et plus) pour faire la profonde du matin, on ne compte que quelques rares plongeurs équipés d'un bloc de déco sur des effectifs de trente à quarante participants. C'est typiquement ce que l'on peut voir pour aller faire des épaves comme le Togo, le Donator, le Hellcat/Wildcat, le Trafik ou encore des roches profondes dans la zone 40-60. Sur ce type de plongée (profonde à l'air avec un pofil carré), une déco nitrox ou oxy pur, trouverait, en effet, tout son intérêt. Et pourtant, depuis l'arrivée des premières formations nitrox au milieu des années 90, on doit bien se rendre à l'évidence et reconnaître que le nitrox en mélange fond comme en décompression n'a jamais fait beaucoup d'émules en France.
Cette page de présentation nous vend le BEPPA comme le spécialiste de la plongée profonde à l'air et comme étant le formateur privilégié pour encadrer les sessions PE/PA60. Excellent ! Cependant, on aurait aimé avoir quelques explications et une description sommaire des connaissances particulières puis expérience que pourrait apporter ce formateur expert aux futurs niveaux 3 ?
En effet, la question que se poseront nos MF1 sera de savoir ce que pourra apporter de plus cet expert par rapport à un simple moniteur premier degré dans le cadre d'une formation qui, par définition, n'a pas pour objectif d'aborder les techniques de la plongée aux mélanges (si ce n'est pour information) ?
Le niveau 3, dans sa définition initiale au début des années 80, avait pour objectif de proposer une approche de la plongée profonde en toute simplicité et au strict nécessaire. Depuis cette époque, la philosophie du niveau 3 n'a pas vraiment évolué. En corollaire, de quel manière et dans quel esprit les BEPPA devront aborder la formation des niveaux 3 ?
La question est donc de savoir à qui profitera ces nouveaux formateurs à la plongée profonde, sachant que la fiche du plongeur niveau 3 dans le MFT n'a pas évolué et il n'est aujourd'hui, aucunement question de former ces futurs plongeurs autonomes à l'utilisation des mélanges suroxygénés. Des techniques qui pourtant existent depuis plus de 30 ans en France.
Les niveaux 3 sont et resteront donc formés prioritairement par des E3 comme cela a toujours été le cas ne serait-ce que parce que les BEPPA ne seront certainement pas légion au même titre que les MF2. L'avenir nous le dira, mais comme décrit dans le MFT, le principal de la formation des niveaux 3 se réalise à une profondeur maximale de 40 mètres. En corollaire, est-ce vraiment indispensable d'avoir un encadrant second degré (E4 : BEPPA ou MF2) pour faire une ou deux plongées supplémentaires dans la zone 40-50 (limite de profondeur d'enseignement d'un E4) avant de valider un niveau 3, en opposition à ce qui se fait habituellement en accompagnant l'élève (avec un enseignant E3) après l'avoir certifié, pour éviter de se mettre en porte-à-faux avec la réglementation ?
On peut poser la question différemment pour savoir s'il est utile de consacrer du temps et de l'argent à la formation BEPPA, juste pour réaliser une ou deux plongées supplémentaires au-delà des 40m pour former des niveaux 3 ou PE60 ? Pour les MF1 accrocs au Trimix ou pour ceux qui souhaitent continuer vers le MF2, la question ne se posera pas. D'ailleurs, une question se pose toujours en ce qui concerne les PE60. Est-ce bien raisonnable de former des niveaux 1, pour aller à 60 mètres ???? On laissera, de préférence, cette tache ainsi que la responsabilité afférente (formation comme encadrement par la suite) aux futurs BEPPA et MF2.
Les dirigeants de la fédération pensent peut-être que cette approche de la pratique de la plongée profonde à l’air avec la mise en œuvre de nitrox ou d’oxygène pur, dans le cadre du BEPPA, incitera les futurs formateurs à proposer voire convaincre les postulants au niveau 3 de réaliser leur désaturation avec des mélanges plus adaptés que l'air. Le verbe convaincre a, en effet, une place importante, car même les plongeurs (et moniteurs) formés aux mélanges suroxygénés pour la décompression sont rarement des pratiquants assidus voire pas du tout (surcoût de la plongée, matériel encombrant et cher pour une utilisation occasionnelle). Tant qu'il n'existera pas une formation officielle à la plongée profonde digne de ce nom (ex : Extended Range TDI) intégrée dans le cursus fédéral, il sera difficile d'essayer de convaincre les autonomes de l'utilité réelle des mélanges surox. N'oublions pas cette rhétorique souvent entendue; pourquoi aller payer plus cher quelque chose que je peux faire à moindre coût.
Tout cela signifie qu'il est difficile de comprendre les véritables enjeux de cette formation. La FFESSM n'a jamais déployé beaucoup d'effort pour encourager les plongeurs à se former aux techniques de la plongée aux mélanges pour la décompression. On constate donc des incohérences entre les objectifs de cette formation et la réalité souhaitée par la fédération délégataire sur le terrain. La FFESSM déploie une formation pour ses moniteurs, mais sans avoir clairement défini les objectifs. Vu autrement, la FFESSM a souhaité modulariser la formation des MF2 et en a également profité pour essayer de vendre quelque chose, qui n'existe pas encore. On appelle cela mettre la charrue avant les bœufs.
Concernant les formations aux techniques de décompression aux mélanges suroxygéné, il existe bien le Nitrox Confirmé à la FFESSM. Malheureusement, cette formation se limite uniquement à l'utilisation d'un bloc de décompression sans apporter d'éléments supplémentaires pour une mise en application dans le cadre des plongées profondes à l'air. Une plongée profonde avec une déco nitrox adaptée ne se limite pas à promener un bloc additionnel. La fiche BEPPA du MFT décrit les connaissances à acquérir dans le cadre des plongées profondes (dont certaines connaissances seraient bien utiles, que ce soit avec ou sans nitrox de déco). Beaucoup de ses connaissances n'apparaissent pourtant pas dans la formation des niveaux 3 et guère plus dans la fiche Nx Confirmé du MFT, alors qu'elles seraient très utiles. Il me semble important de signaler que la liste des connaissances (hors compétences d'enseignement) qui apparaissent dans la fiche BEPPA du MFT, ne s'adressent pas spécifiquement aux moniteurs, mais à tout plongeur souhaitant effectuer des incursions profondes dans la zone 40-60. Beaucoup de données présentes dans cette fiche proviennent des compétences que l'on retrouve dans les qualifications en plongée trimix car, dans l'hexagone et comme souvent expliqué dans les articles de "Plonger En France", il n'existe aucune formation technique pour la plongée profonde à l'air. Cette lacune nous amène à la conclusion suivante, qui est que le niveau 3 français est devenu obsolète et quelque peu anachronique.
Dans le cursus nord-américain, les formations techniques à l'air s'appelle "Extended Range" chez TDI, TEC40/45/50 chez PADI, etc. L'équivalent CMAS s'appelle "Accelerated Decompression Diver".
Dernière remarque, les moniteurs fédéraux 1er degré certifiés Trimix (normoxique ou full), retrouverons immédiatement leurs repères dans la formation BEPPA, car toutes les connaissances demandées seront déjà acquises et de plus avec une véritable expérience de la plongée profonde. À l'inverse de beaucoup de plongeurs qui ont passé le Nx confirmé, mais sans réellement pratiquer derrière, les plongeurs trimix font rarement ce type de formation (onéreuse et principalement en structure commerciale) juste pour le plaisir ou pour afficher une carte supplémentaire à leur CV. Les MF1 certifiés Trimix, pourront d'ailleurs, d'autant plus se poser la question de la réelle utilité de se lancer dans une formation BEPPA, hormis pour ceux qui souhaitent obtenir les prérogatives de DP Trimix.
Sur les sites web des professionnels de la plongée, on peut constater qu'il est quelquefois proposé différents types de formation au niveau 3 et particulièrement avec ou sans mélange suroxygéné (avec une approche soit technique, souvent réalisée par des formateurs TEC, soit classique sans plus d'apport que ce que l'on trouve au Nitrox Confirmé). L'option N3 avec Nitrox, implique souvent une ou deux plongées supplémentaires par rapport à la formation de base et bien sûr avec un surcoût variable suivant les centres. Quelques centres proposent d'ailleurs de coupler la formation Nitrox Confirmé avec le niveau 3, mais cela impose un surcoût conséquent et 4 plongées en sus. Difficile de savoir quelle est la formule la plus demandée, mais on peut imaginer sans être devin, qu'au vu des constats que l'on fait sur les bateaux de plongée, que la version N3 de base "sans mélange surox" est largement plébiscitée. Ceci s'explique tout simplement par un coût de base de la formation niveau 3, non-négligeable même si parfaitement justifié. La formation pour acquérir l'autonomie est généralement réalisée sur une base de 10 plongées avec des tarifs qui varient, en moyenne, entre 700 et 850 euros. L'ajout du nitrox dans le stage fera immédiatement grimper l'addition au-delà du seuil (psychologique) des 1000 euros. À ces tarifs, qui en feront hésiter plus d'un, il ne faudra pas oublier d'ajouter le trajet pour venir en bord de mer ainsi que l'hébergement et les repas. Le coût total de ce déplacment avoisinera donc plutôt les 1500 euros. Mille cinq cents étant plutôt un minimum, car le logement est rarement offert à prix d'ami sur la côte (sauf hors saison).
Pour faire suite au paragraphe précédent, on peut également se pencher sur le coût de la participation aux stages BEPPA. Cela nous donnera une petite idée des tarifs pratiqués pour une formation d'encadrant VS plongeur. Pour le stage de Cap Cerbère, le tarif est de 700€ et inclut les plongées et les repas du midi. Reste donc à charge pour le stagiaire le trajet pour se rendre sur place et l'hébergement. Pour le stage d’Hendaye, le prix est de 1300 € et inclut les plongées, l’hébergement ainsi que les repas. Le trajet reste donc à charge pour le stagiaire. La FFESSM nous précise que les tarifs indiqués sont très inférieurs aux prix réellement facturés à la CTN. Notre fédération versant le complément pour encourager les stagiaires à passer le BEPPA. La question est de savoir si la FFESSM participera toujours aux frais du stage à l'avenir ou si c'est juste une prise en charge promotionnelle pour le lancement des stages BEPPA. En général, il y a toujours une partie prise en charge, par la région, le département voire le club d'appartenance, pour les stages d'encadrants. Dans le cas présent, on peut donc constater que les tarifs restent bien inférieurs (rapporté au nombre de jours, une semaine et demie) à ceux d'une formation de plongeur (5 jours). Dans le cas du BEPPA, le stagiaire devra cependant prévoir un temps sur place beaucoup plus long que pour une simple formation de plongeur, mais avec comme inconvénient de devoir poser plus de congés auprès de de son employeur. Au futur stagiaire BEPPA de voir si toutes ces contraintes en valent le coup au regard des besoins réels sur le terrain. Sans une prise en charge significative, ce stage perdrait, en effet, énormément de son intérêt, car il faut bien avouer que pour ceux qui participent avec comme seul objectif de compléter la formation des niveaux 3, cela fait cher l'investissement, en temps et en coût.
En conclusion, beaucoup de MF1 se poseront certainement la question de l'intérêt réelle du BEPPA et surtout du rapport coût/utilité/temps passé. Hormis pour les MF qualifiés trimix (enseignement au-delà de 40 et DP trimix) et les postulants au MF2, le BEPPA ne révolutionnera clairement pas l'enseignement de la plongée profonde à l'air. Il faudra certainement attendre une prochaine (r)évolution de la formation à la plongée profonde à l'air avant que le BEPPA puisse espérer trouver une (véritable) place et utilité dans les cursus de la fédération.
Pour aller plus loin sur le sujet je vous invite à lire les articles « Le cursus loisir nord-américain », « Pourquoi avons-nous un CDS », « Coup de gueule au sujet du CDS 2012 » sur le site recycleur.free.fr.