Suite à l'article sur les Gradient Factors (GF), nous avons pu découvrir que paramétrer un ordinateur équipé d'un algo Bühlmann ZHL16C+GF n'était pas aussi aisé qu'un modèle standard. Et nous avons également pu constater que la doc qui l'accompagne n'était pas d'un grand secours en la matière.
Généralement, les plongeurs ayant fait l'acquisition d'un ordinateur de plongée cherchent à savoir et surtout à comprendre comment utiliser au mieux leur nouveau compagnon. D'autres, ne se poseront pas la question et demanderont tout simplement, que l'ordinateur fasse sont boulot et si possible, sans avoir à ouvrir le manuel. L'appareil se doit d'être intuitif et facile d'usage. C'est pourquoi, beaucoup d'utilisateurs se contentent, tout simplement, de l'utiliser dans sa configuration d'origine à quelques détails près. Malheureusement, nous avons pu constater que les réglages, par défaut, des ordinateurs ZHL16+GF sont rarement paramétrés au mieux pour des plongées à l'air.
Dans le monde des tekkies, les ordinateurs avec algorithme Bühlmann ZHL16C+GF sont appréciés pour leur capacité à vous proposer des profils de décompression personnalisés. Mais qui dit "personnalisé", veut généralement dire d'une façon manuelle sans le moindre artifice qui pourrait venir influencer le résultat dans un sens que l'on n'aurait pas souhaité. Cet aspect du processus demande cependant que le propriétaire de l'appareil ait un minimum de compréhension des phénomènes physiques et physiologiques qui accompagnent la phase de désaturation des tissus ainsi que le principe de fonctionnement des facteurs de gradient.
Comme vous vous en doutez, cet article n'a pas pour vocation de faire un cours détaillé pour expliquer ces phénomènes. Tout au plus quelques rappels vus dans les cours de plongeur niveau 2 et 3. Ceux qui souhaitent en apprendre plus, trouveront toute la documentation souhaitée sur le web. L'article présent essayera plutôt de vous apporter quelques éléments de réflexion pour vous aider à ajuster les GF à vos profils de plongée (à l'air). Dans tous les cas, il faut bien comprendre que cette gymnastique n'est pas une science exacte, loin de là, et que ces paramétrages se feront sous votre entière responsabilité.
D'ailleurs, on pourra voir un peu plus loin dans cet article, que les profils de décompression proposés par différents ordinateurs peuvent être plus ou moins éloignés les uns des autres suivant les profils. Sans même le savoir, le choix d'une marque et d'un modèle d'ordinateur de plongée, vous engagera dans une voie qui, à terme, ne vous conviendra peut-être pas obligatoirement. Au moment de l'achat et dans bien des cas, les subtilités de l'algorithme implémenté dans l'ordinateur vous sont inconnues, quand ce n'est pas l'algorithme tout court et c'est au gré de vos pérégrinations que vous aurez le plaisir d'en découvrir les atouts comme les faiblesses quand ce n'est pas les tares.

Pour la bonne compréhension de cet article, je vais supposer que vous avez un niveau de connaissance correspondant, au minimum, au niveau 2 Français ou encore au Rescue Diver de l'école nord-américaine.
Essayons dans un premier temps, de faire une synthèse des informations abordées dans notre premier article sur les Facteurs de Gradient.
Le réglage, par défaut, des facteurs de gradient s'établit généralement sur un couple de valeurs 90/90 ou 85/85. Le choix des GF se fera par couple avec des GF bas et haut identiques, que l'on appellera; GF jumeaux. La limite inférieure du choix des GF se situera sur les couples 75/75 ou 70/70. Il n'existe pas de règles officielles pour fixer les GF et guère plus de réglages déterminées en fonction d'un profil type de plongée. Tout au plus des consensus.
Pour les intervalles de surface courts (two tank dive avec une heure d'IS par exemple), le choix des GF se portera de préférence sur un couple 75/75 ou 70/70. Pour ce dernier réglage, nous prenons comme hypothèse que la plongée aura un profil carré. C'est-à-dire que la majorité du temps de la plongée se passera à la profondeur maxi. Si votre plongée est certaine de se terminer dans 5 ou 6 mètres d'eau pendant un temps certain, le réglage des GF pourra être moins agressif, voire même rester sur sa valeur par défaut. Et dans le doute ou par simple précaution (à chacun de voir), on passera sur des GF 75/75 ou 70/70 comme définis au départ.
On peut tout de même signaler que beaucoup d'agences de plongée déconseillent fortement de faire des plongées avec un intervalle de surface court et d'autant plus associées à des paliers obligatoires. Depuis l'arrivée des appareils Doppler à ultrasons, la production de bulles vasculaires de nombreux plongeurs a pu être analysée lors de la phase de désaturation post-plongée. Les analyses ont montré que ces bulles sont au plus haut niveau dans un intervalle situé entre trente minutes et une heure après la sortie de l'eau et encore bien présentes 1h30 à 2h00 plus tard. Dans ces conditions, recommander une nouvelle immersion à un moment où la désaturation est la plus anarchique ne semble pas des plus judicieuses.
Et pourtant, dans le cas des two tank dives à la mode US, un intervalle de surface court est considéré comme peu risqué dans la mesure où les plongées se réalisent à faible profondeur (15 à 18 mètres max) et bien sûr, sans paliers obligatoires. Bien qu'il n'existe aucune étude sur le sujet, cette pratique s'est généralisé, certainement pour des raisons commerciales, avec le recours au nitrox et sans incidents notables. Ce type de plongée se limitera à des profondeurs modestes. Dix-huit mètres max pour la première et 15 mètres voire moins pour la seconde nous permettra de rester dans la courbe de sécurité. Pour ce type de configuration, n'hésitez pas à faire appel à vos souvenirs et à vous remémorer les limites de la courbe de sécurité avec votre table préférée. Pour rappel, la limite de non-décompression des tables MN90 est : 18m/50mn puis 15m/75mn, et pour la TPL Padi; 18m/56mn, 16m/72mn.
Quoiqu'il en soit, il est tout de même conseillé de garder des intervalles de surface d'au moins 3 à 4 heures. En France, cet intervalle minimum est généralement respecté entre deux plongées (une le matin et une l'après-midi). Il existe également une règle de base que l'on trouve dans beaucoup de documentation qui est de limiter les plongées au nombre de deux par tranche de 24 heures. Cette recommandation se retrouve également dans beaucoup de manuels d'ordinateur.
Une fois ces premières recommandations et constats posés, on peut essayer de définir quelques règles faisant appel à la logique. On sait que l'algorithme ZH16C+GF n'appliquera pas de majoration dans le cas d'une plongée successive. Cela signifie qu'il faudra y remédier manuellement par une correction des valeurs de GF pour la seconde plongée ou de façon empirique par le plongeur lui-même. La question est de savoir si on a vraiment besoin de toucher systématiquement aux réglages des GF en seconde plongée ? Là encore, en se basant sur les connaissances d'un simple niveau 2, on devrait pouvoir répondre à la question.
Pour répondre à nos interrogations, prenons deux cas de figure simples et concrets. Une croisière en Egypte avec 2 voire 3 plongées par jour (généralement au nitrox) et une simple journée sur nos côtes pour 2 plongées pour des niveaux 3, comme il s'en fait souvent à la belle saison.
Sur une croisière égyptienne, il arrive souvent de démarrer la journée par une profonde (40 à 50 mètres) suivie de deux autres à profondeur modéré voire faible et avec des intervalles de surface proche des 3 à 4 heures. Dans tous les cas, on sait d'office, que l'on terminera les plongées sur le tombant dans moins de 10 mètres d'eau. La durée des plongées étant généralement proche de l'heure. Dans ce premier cas, nous savons donc qu'un temps important sera consacré à contempler le récif à des profondeurs de palier entre 3 et 6 mètres de profondeur. Même si nous avons démarré la plongée à 50 mètres, nous passerons un temps à faible profondeur largement supérieur aux temps requis par n'importe quel ordinateur ou table pour assurer une désaturation complète et de même pour les plongées suivantes qui se feront à moindre profondeur. Ces promenades dans 5 ou 6 mètres d'eau, sont non seulement utiles pour désaturer après une profonde, mais également fortement conseillées dans le cas de plongées multiples et sur plusieurs jours, même si peu profondes avec un max à 40 mètres (consensus quasi-mondial pour la plongée loisir). Un dernier point important de l'équation est que l'Egypte suit les règles de la plongée nord-américaine. Cela veut dire, que les plongées au-delà de 40 mètres entrent dans le cursus technique et sont donc obligatoirement réalisées avec une décompression au nitrox à forte concentration (Nx50 au minimum).
Pour les raisons que l'on vient d'évoquer, le réglage des GF dans cette configuration aura peu de raisons d'évoluer ou alors à la marge par rapport au réglage de base (90/90 ou 85/85). Par précaution et sachant que vous êtes sur un séjour avec de multiples plongées et sur plusieurs jours, vous pouvez cependant prendre en compte plusieurs facteurs défavorables comme la saturation omniprésente, la fatigue, la déshydratation (zone tropicale) ou d'autres et décider de baisser de 5 points vos réglages pour toute la durée de la croisière. Ce qui veut dire qu'un utilisateur habituellement paramétré en GF90/90 passera en GF85/85 pour la durée de la croisière. De plus, sur des destinations comme l'Egypte, le nitrox en mélange fond (inférieur ou égale à 40%) est systématiquement proposé gracieusement sans surcoût. Ceci réduira d'autant la saturation des tissus et pourra également avoir une incidence positive sur la fatigue du plongeur. Ne pas oublier également de s'hydrater entre chaque plongée et particulièrement sous un climat tropical.
Venons maintenant au second cas de figure de deux plongées sportives couramment usitées par les niveaux 3 dans l'hexagone. Une plongée le matin sur une épave ou roche profonde dans la zone des 50/60 mètres et une seconde l'après-midi qui peut descendre jusqu'à une profondeur de 40 mètres, mais tout de même avec une déco moins conséquente que la première. Quand on parle de temps de décompression, on constate sur des plongées profondes comme le Donator, le Togo, le Rubis, le Hellcat/Wildcat ou d'autres de ce genre, que la DTR dépasse rarement les 15 à 20 minutes. De façon plus globale en France, la grande majorité des temps de palier ne dépassent guère plus que quelques minutes. Les plongées avec 20 minutes de DTR (remontée paliers incluent) ne représentent qu'un très faible pourcentage des durées de palier effectuéés. On peut d'ailleurs remarquer, qu'hormis dans le cas des sorties en plongée technique, les DP (Directeur de plongée ou Dieu le Père) n'aiment pas trop voir des plongeurs effectuer de grosses décompressions d'autant plus si elles se font uniquement à l'air. Ce qui correspond d'ailleurs à la très large majorité des cas en France, car le nitrox est peu utilisé, que ce soit en mélange fond ou en décompression. Vingt minutes de DTR, cela représente pour ce type de plongée, tout au plus une quinzaine de minutes de palier (compter environ 6mn de remontée depuis 50m à une vitesse de 10m/mn [valeur standard pour les ordinateurs actuels] avec un ralentissement entre chaque palier et enfin la surface).
Avec ces profils, nous sommes dans ce que nous appelons, des plongées carrées et souvent en pleine eau. Pas de beau tombant pour remonter tranquillement et à la fin, terminer la plongée tout en désaturant doucement dans 10 puis 5 ou 6 mètres d'eau.
Faisons un petit intermède pour faire quelques rappels sur les tables de plongée. Tous les plongeurs autonomes ont pu apprendre qu'au cours d'une immersion, les tissus (représentés par la notion de compartiment dans l'algorithme) saturent en azote. Une fois en surface le corps désature doucement. Dans un algorithme, les compartiments pourront mettre de 6 à 12 heures (fonction de l'algorithme implémenté) pour être considéré comme complètement désaturé.
De plus, les statistiques nous confirment qu'il y a un risque plus élevé d’accident de décompression pour les plongées répétitives. Il a été mis en évidence que l'azote résiduel n'est pas le seul responsable des incidents/accidents constatés. D'autres phénomènes viennent s'ajouter comme l'accumulation de bulles/micro-bulles présentes dans la circulation veineuse qui obstruent les capillaires ou encore produisent un trouble de la ventilation, mais aussi de la perfusion. Tout cela entraîne un retard dans l’élimination de l’azote.
Partant de ces constats, si on repart pour une seconde plongée, à peine 2 ou 3 heures plus tard, cela veut dire qu'on aura certainement un handicape (azote résiduel, bulles) qui aura pour conséquence de réduire notre temps de plongée autorisé pour l'immersion suivante avant d'avoir à faire des paliers.
Pour se poser les bonnes questions, le plongeur pourra faire appel à ses connaissances acquises lors de sa formation sur les tables de plongée (MN90, RDP PADI ou autres). Avec les MN90, le taux d'azote résiduel (tous compartiments confondus) retrouve sa valeur initiale après un intervalle de surface de 12 heures au maximum. Pour la table RDP PADI, cette durée est de 6 heures. Ceci s'explique par le fait que les tables PADI sont prévues pour une plongée dans la courbe de sécurité alors que les MN90 pour une plongée avec paliers.
Le compartiment qui sert à calculer la majoration dans les MN90 est le 120mn alors que celui des tables PADI est le 60mn. On considère qu'un compartiment est complètement saturé ou désaturé au bout de 6 périodes. Soit 6 x 120mn = 12 heures pour les MN90 et 6 x 60mn = 6 heures pour les tables PADI.
En France, un intervalle de surface d'au moins 3 à 4 heures est généralement respecté entre deux plongées. Dans le cas des MN90, un IS de 4 heures correspond à une chute de 75% (4 heures / 120mn = 2 périodes) de la saturation du compartiment 120mn et de 87,5% (4 heures / 60mn = 4 périodes) pour le compartiment 60mn de la TPL PADI. Cela signifie, dans les 2 cas, que les compartiments sont déjà bien désaturés au bout d'un intervale de 4 heures.
Dernier point, il est important de ne pas confondre l'azote résiduel (azote restant dans un compartiment) dans les compartiments avec la notion de majoration usité dans les tables de plongées (basées sur un modèle haldanien : MN90, MT92), qui est une pénalité appliquée sur les plongées successives.
Prenons comme exemple une première plongée à 50m, avec une durée de 15mn et une seconde à 35 mètres avec une durée de 20mn. L'IS entre les deux plongées sera de 4 heures.
Les MN90 nous donnerons les résultats suivants :
Première plongée : 2mn à 6m et 9mn à 3m. Soit 11mn de paliers.
GPS : H. Azote résiduel : 0,89. Majoration : 6mn.
Seconde plongée (20 + 6 = 26mn, arrondi à 30mn dans la table) : 1mn à 6m et 20mn à 3m. Soit 21mn de paliers.
Voyons maintenant les mêmes plongées, mais calculés avec le soft ZHL16C en GF90/90. J'ai pris ce réglage pour avoir un temps de palier proche, en première plongée, de la MN90. Il faut cependant signaler que les MN90 ont une vitesse de remontées comprise entre 15 et 17m/mn alors que la norme aujourd'hui (et depuis 1990) se situe plutôt autour des 10m/mn (10m/mn également pour l'algorithme Bühlmann ZHL16C). Une vitesse plus rapide générera plus de bulles et peut-être plus de palier. Plusieurs études ont mis en évidence une corrélation directe entre bulles et vitesse de remontée et en corollaire la probabilité d'ADD. Il est également à prendre en compte dans le résultat, que pour la table, on a arrondi le temps de la seconde plongée à la valeur directement supérieure (30mn au lieu de 26). Ce qui aura pour effet, de donner plus de palier que ce que l'on aurait pu avoir avec un ordinateur.
Première plongée (50m, 15mn) :
DESC: 50m for 03:20 [ 3] on Air,
DIVE: 50m for 11:39 [ 15] on Air,
ASC : 9m for 04:05 [ 19] on Air,
DECO: 9m for 00:53 [ 20] on Air,
DECO: 6m for 04:00 [ 24] on Air,
DECO: 3m for 07:00 [ 31] on Air,
=> Soit 12mn de paliers au total.
Seconde plongée (35m, 20mn) :
DESC: 35m for 02:20 [ 2] on Air,
DIVE: 35m for 17:40 [ 20] on Air,
ASC : 3m for 03:12 [ 23] on Air,
DECO: 3m for 05:47 [ 29] on Air,
=> Soit 6mn de paliers.
On pourrait, par équité, rajouter 4mn de temps à la seconde plongée ZHL16C pour compenser l'arrondi que l'on a fait avec les tables MN90. Cela nous donnerait :
Seconde plongée (35m, 24mn) :
DESC: 35m for 02:20 [ 2] on Air,
DIVE: 35m for 21:40 [ 24] on Air,
ASC : 6m for 02:53 [ 27] on Air,
DECO: 6m for 02:05 [ 29] on Air,
DECO: 3m for 09:00 [ 38] on Air,
=> Soit 11mn de paliers.
En seconde plongée, on voit clairement que le ZHL16C n'a pas ajouté de majoration. Le temps de palier est deux fois inférieur à la MN90. Il faut descendre l'intervalle de surface à une heure et trente minutes pour que le soft ZHL16C prenne en compte un reste d'azote résiduel pour gagner une minute supplémentaire de palier. Au-delà de cet intervalle, le ZHL16C considère que les compartiments sont complétement désaturés et repart dans le calcul d'une plongée simple.
Malheureusement Haldane savait déjà que le seul azote résiduel n'était pas suffisant pour assurer la sécurité d'une seconde immersion. C'est après la seconde guerre mondiale que l'on verra l'apparition de la notion de majoration (méthode Jean Alinat, 1949).
En 1994, la société DSAT (Diving Science And technology) publiait une étude (Development and validation of no-stop decompression procedures for recreational diving, R.W. Hamilton, Raymond E. Rogers, Michael R. Powell, Richard D. Vann) validée scientifiquement (avec analyse doppler) pour réaliser des tables de plongées loisir sans paliers obligatoires, plus connu aujourd'hui sous le nom de TPL PADI. Ces tables permettent de réaliser jusqu'à 4 plongées (dont 3 successives) par jour en utilisant le compartiment 60mn pour calculer les majorations. Aucune autre étude de cette importance (et validée sur une population représentative) ne fut réalisée avant ou après celle-ci.
Prenons un dernier exemple, avec un algorithme bien connu des plongeurs, qui est le RGBM (modèle à faible gradient de bulles du Dr Bruce Wienke) de la marque SUUNTO. A noter cependant que l'algorithme RGBM (gestion de l'azote dissous, mais aussi à l'état gazeux) n'est pas un modèle haldanien comme le sont les MN90 ou le ZHL16C. Sont comportement est donc bien différent. J'ai moi-même longtemps plongé avec des ordinateurs de cette marque (Companion, Solution Alpha, Vyper puis Vytec) pendant près d'une vingtaine d'années. Les SUUNTO ont souvent été réputés pour être sécurisant, dans le sens, donner plus de paliers que d'autres.
Voyons donc ce que cela va donner sur notre profil de test :
Première plongée (50m, 15mn) : 1mn à 9m, 3mn à 6m et 12mn à 3m. Soit 16mn de paliers.
Seconde plongée (avec un IS de 4h00) : 8mn à 3m.
L'algorithme RGBM, donne un peu plus de palier sur la première plongée en comparaison avec les MN90 ou le ZHL16C. Si la durée de la plongée avait été augmenté de quelques minutes supplémentaires, l'écart du RGBM avec les autres softs aurait alors été beaucoup plus important (à temps de plongée équivalent, cela va de soi). On remarque que le RGBM démarre ses paliers plus profond que les modèles haldaniens (MN90, Bühlmann ZHL16). Pour avoir l'équivalent avec le ZHL16, il faudrait régler le GF bas sur 70 en permanence (ex : GF70/90). Par définition, le RGBM devient très (trop) pénalisant (en comparaison avec d'autres algorithmes) pour les plongées engagées (profondeur et/ou durée importante). Ce qui explique aussi pourquoi certains plongeurs n'utilisent pas les algos RGBM pour les plongées profondes. Dans le cas présent, l'écart reste mesuré. En seconde plongée, on peut voir que le SUUNTO ne donne pas beaucoup plus de palier que le ZHL16C.
Mais, appliquons également au RGBM, les 4mn d'arrondi des MN90.
Seconde plongée (35m, 24mn, IS : 4h00) : 2mn à 6m et 16mn à 3m. Soit 18mn de paliers.Dans ce cas, on voit tout de suite la montée rapide des paliers en fonction du temps. Le SUUNTO arrive presque au niveau des MN90. Et si on continuait à augmenter la durée de la plongée, on constaterait que le RGBM passerait (très) largement au-dessus des MN90 (à temps de plongée équivalent).
Par curiosité, reprenons notre plongée à 50 mètres, mais avec une durée de 20mn :
MN90 : 4mn à 6m et 22mn à 3m. Soit 26mn de paliers.
ZHL16C (GF90/90) : 4mn à 9m, 6mn à 6m et 16mn à 3m. Soit 26mn de paliers.
RGBM : 2mn à 12m, 3mn à 9m, 10mn à 6m, 26mn à 3m. Soit 41mn de paliers.
Egalitè de temps de paliers pour les MN90 et le ZHL16C, mais on constate une distribution par profondeur de palier différente (le ZHL16C commence les paliers plus profond). Quant au RGBM, il s'envole littéralement avec des temps de paliers qui me semblent vraiment excessifs !
Ces trois exemples (MN90, ZHL16C et RGBM), nous permettent de voir que, dans les cas de figure classiques (engagement faible), les algorithmes peuvent avoir des comportements relativement proches. Par contre, dès que l'engagement augmente, les statégies divergent. De plus, le RGBM prend en compte les profils à risque (inversé, remontée rapide, yoyo) et sécurise la remontée en conséquence (non mis en évidence dans nos exemples).
Comme on s'y attendait, on constate que le ZHL16C est à la traine dans le cadre des plongées successives (en gardant des GF fixes). Du coup, doit-on majorer ou pas ?
Si l'on se réfère aux études réalisées par l'US et de la Royal-Navy au début des années 80, qui démontre que les modèles haldaniens (MN90, MT92, Bühlmann ZHL16) non sur-pénalisés pour le contrôle des plongées successives peuvent produire une incidence inacceptable d’accidents de décompression, on peut en effet, en conclure qu'une majoration (au-delà du simple azote résiduel [microbulles, micronoyaux gazeux et shunt pulmonaire]) est vivement recommandée.
D'ailleurs, la méthode Alinat (majoration basée sur le compartiment 120mn) fut adoptée par l’US Navy dès 1956 et peu après par la marine nationale (MN90) française, par Bühlmann et encore plus tard par la société DSAT pour élaborer les tables PADI.
Pour ajouter cette majoration, le plongeur aura deux solutions à sa disposition. Majorer de façon empirique ses paliers, si son expérience et ses connaissances le permettent ou modifier ses GF afin que l'ordinateur puisse lui proposer un profil de décompression cohérent. Pour des temps et profondeurs de plongée classiques qui générèrent quelques minutes de palier, la méthode empirique pourra généralement suffire. Par contre pour des décompressions plus conséquentes (plongée au-delà des 40 mètres), je conseillerais plutôt de passer par la modification des GF en seconde plongée et d'abaisser ces derniers de 5 voire 10 points. Cela signifie que pour ce type de plongée, je descendrais mes GF de 10 points en seconde plongée. Le résultat sera tout de même moindre que les tables, mais on sait également que ces dernières sont, bien souvent, plus sécurisantes (en palier) qu'un ordinateur.
En reprenant la seconde plongée à 35m et avec un temps de 24mn (pour l'équité avec les MN90) associé à des GF80/80, cela donnerait :
DESC: 35m for 02:20 [ 2] on Air,
DIVE: 35m for 21:40 [ 24] on Air,
ASC : 6m for 02:53 [ 27] on Air,
DECO: 6m for 04:05 [ 31] on Air,
DECO: 3m for 12:00 [ 43] on Air,
=> Soit 16mn de paliers.
Même si nous sommes encore à 5mn d'écart avec les MN90 (2mn du RGBM), cette valeur me semble plus en adéquation avec ce type de plongée. De plus, si vous enchaînez, un stage de 5 jours de plongées, je conseillerais, comme pour la plongée égyptienne, de sécuriser votre décompression en réduisant de 5 points vos GF par défaut. Soit un GF85 par défaut, au lieu de 90 pour notre exemple. D'ailleurs, tous les plongeurs s'accordent à dire que 5 jours de plongée dans nos eaux sont bien plus fatigants qu'en Egypte. Rien détonnant à cela, car les conditions de plongée (profondes enchaînées) et de températures (eau plus froide. Souvent 14/15°C au fond même en été) sont plus difficiles.
Voici donc quelques exemples avec des algorithmes différents et avec des résultats pas toujours faciles à interpréter. Vous avez pu constater qu'il n'existe pas de vérité absolue (tout au plus des études sur lesquelles on peut s'appuyer) et que vous aurez des résultats différents, voire très différents d'un ordinateur à l'autre voire d'un modèle à l'autre chez un même fabricant. Est-ce à dire qu'un ordinateur sera plus dangereux qu'un autre ?
Ce qui est sûr, est qu'il est conseillé d'apprendre à connaître son ordinateur. Sachant que vous ne plongez jamais (ou rarement) seul, vous pourrez vite vous faire une idée de l'appareil que vous avez au poignet. Si, bien sûr, vous êtes un plongeur actif, car la moyenne du nombre de plongées en France, est de 8 par an et par plongeur. Par exemple, pour les plongées profondes avec des temps fonds respectables, j'évite de prendre mon ordinateur SUUNTO Vytec, car je sais qu'il devient trés (dans le sens anormalement) pénalisant (certains diront sécurisant). Et ce d'autant qu'aujourd'hui, aucune étude n'est venue confirmer la validité de ce type d'algorithme.
Le bon point est que pour les algorithmes de type haldanien (MN90, Bühlmann ZHL16C), nous avons quelques études sur lesquelles nous appuyer et aussi beaucoup d'éléments de référence. L'algorithme RGBM est quant à lui, privé et aucune information détaillée du modèle n'existe. Et pourtant, cet algorithme est implémenté depuis plusieurs décennies sur de nombreux ordinateurs grand public (SUUNTO, MARES, OCEANIC, etc.) avec succès.
En conclusion, nous pouvons remarquer qu'il existe de nombreux algorithmes, dont certains proposent des solutions de sortie très proches et d'autres qui peuvent quelquefois faire apparaître de substantielles différences. Au final, vous avez le choix entre deux types d'ordinateurs. Soit vous prenez un modèle qui vous propose une solution intégrée qui pourrait vous convenir, ou non (vous le constaterez à l'usage après un certain temps), soit vous faites le choix d'un modèle plus malléable, mais que vous devrez adapter en fonction de vos profils et sous votre entière responsabilité.
Personnellement, j'ai fait le choix d'un ordinateur de la marque Shearwater (Bühlmann ZHL16C+GF) pour les raisons évoquées dans les articles sur les GF, sans oublier sa lisibilité en toute condition, sa simplicité, son intuitivité, ses capacités multigaz et circuit fermé. Les Shearwaters peuvent également recevoir plusieurs algorithmes (ZHL16, VPM, DCIEM). Ceux qui souhaitent faire de la plongée loisir sans prise de tête, opteront pour l'algorithme DCIEM (comme avec un ordi classique, aucun ajustement à faire dans le cas de multi-plongées) qui a été testé scientifiquement et qui donne des résultats très proches des tables MN90. Une fois cet algorithme activé sur l'ordinateur, il est alors possible de passer du ZHL16 au DCIEM et inversement.
Pour terminer cet article, un des meilleurs conseils que l'on pourrait donner pour sécuriser ses plongées serait l'utilisation systématique du nitrox que ce soit en décompression ou en mélange fond. Les organisations de plongée égyptiennes ont rapidement compris l'avantage de ce mélange et l'ont généralisé. La France, qui pratique la plongée depuis bien plus longtemps que l’Egypte et avec un PIB 10 fois supérieur n'a encore jamais réussi à le démocratiser, ni en décompression, ni en mélange fond. Pourquoi ? Une politique fédérale d'un autre siècle où la plongée profonde à l'air était la norme et où la moindre évolution est vue comme une atteinte à la pureté originelle du modèle. Sans oublier le ministère des Sports qui ne vit qu'au travers de la réglementation et qu'il faudra convaincre des bienfaits d'une réforme comme d'une simple évolution.
En plongée loisir, limitée à 40 mètres et dans la courbe de sécurité (norme internationale sauf en France), l'air peut rester un mélange adapté, mais n'apportera jamais la sécurité du nitrox. Par contre, passé 40 mètres, l'utilisation systématique d'une décompression avancée (nitrox à forte teneur en O2) devient fondamental, mais encore et toujours très peu usités en France. N'oublions pas aujourd'hui que la grande majorité des accidents graves, dans l'hexagone, en plongée de loisir sont des ADD. La réalisation des paliers à l’oxygène (ou Nx à forte teneur en O2) est très efficace pour réduire les bulles et micro-noyaux gazeux et en corollaire limiter les risques d’ADD. En ce qui me concerne, j'ai fait le choix de toujours emmener avec moi, mon bloc 7 litres aluminium rempli à l'O2 pur pour les plongées au-delà de 40 mètres. "Aluminium", car au contraire de l'acier, les blocs de déco alu (7 litres ou S40 [5,7 ltres]) ont un poids neutre dans l'eau et se font vite oublier.

Pour avoir une petite idée de ce que peut donner une décompression avancée, voici un nouvel exemple avec notre plongée à 50 mètres, 20mn, mais cette fois avec un nitrox 80 en déco :
ZHL16C (GF90/90) : 2mn à 9m, 4mn à 6m et 7mn à 3m. Soit 13mn de paliers (26mn à l'air).
RGBM : 2mn à 9m, 5mn à 6m et 12mn à 3m. Soit 19mn de paliers (41mn à l'air).
Avec un nitrox 80 en décompression, vous réduisez votre temps de paliers, mais l'autre point important est que vous emportez une réserve de gaz supplémentaires disponible dès 10 mètres de profondeur. La panne d'air est l'un des principaux facteurs accidentogènes en plongée (essoufflement, mauvaise gestion du stock d'air en fonction des conditions de plongée) et entraîne une rupture des paliers, une remontée rapide, etc. De plus, avec votre déco nitrox, vous pouvez rajouter quelques minutes de paliers optionnels pour sécuriser votre décompression en cas de fatigue, d'essoufflement ou autres facteurs favorisants (âge, embonpoint). Avec un Nx80 ou de l'O2 pur, l'efficacité de la désaturation est 2 fois supérieure qu'avec de l'air. Un petit bloc de type S40 (5,7 litres alu, poids : 8 à 9Kg avec le détendeur/harnais et neutre dans l'eau) apportera un gain évident en termes de sécurité pour un encombrement faible en plongée comme sur terre et un usage des plus simple.
Pour les plongeurs accrocs à la zone 40-60 mètres, je conseillerais vivement, après le niveau 3, de passer le nitrox confirmé et d'enchaîner immédiatement sur une véritable préparation à la plongée profonde avec la formation "Extended Range" de TDI. Cette dernière est ce qui se rapprocherait le plus, pour l'école nord-américaine, de notre niveau 3 Français. D'autres agences US comme PADI (TEC50 Diver) ou encore la CMAS (CMAS Accelarated Decompression Diver) ont également des formations équivalentes. Pour l'école nord-américaine, la plongée au-delà des 40 mètres et/ou avec décompression entre dans le cursus technique. Cette philosophie, permet d'aborder la plongée profonde à l'air, d'une tout autre façon et surtout plus en accord avec les connaissances actuelles.
Pour aller plus loin sur le sujet je vous invite à lire les articles (si pas déjà fait) « La plongée est libre en France ? et La plongée en France, terrain de chasse sous haute surveillance » sur ce site web. Sans oublier « Pourquoi avons-nous un CDS », « Coup de gueule au sujet du CDS 2012 » et « Les cursus de loisir nord-américain » sur le site recycleur.free.fr.